Thomas Bramerie
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Il y a des rencontres musicales qui marquent une vie. Celle avec Thomas Bramerie, aujourd’hui l’un des contrebassistes les plus respectés de la scène jazz française, en fait partie.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que Thomas a commencé jeune en accompagnant à la guitare le groupe de sa mère, Miquela e lei Chapacans. La mienne jouait aussi dans ce groupe — et même si plusieurs années nous séparent, je me sens aujourd’hui profondément lié à lui par cette histoire commune.
Contrebassiste de génie, il a passé des décennies à tisser des liens grâce au jazz, aux côtés de grands noms comme Chet Baker ou Toots Thielemans, avant de sortir en 2018 Side Stories, son premier album en solo.
« La musique, quand on la joue, c’est l’un des rares moments où l’on ne pense ni à ce qui est en train de se passer ni à ce qui se passera plus tard. »
On s’était donné rendez-vous à La Tarrine, tôt un vendredi 31 octobre matin — Thomas devait repartir sur Paris dans l’après-midi. Il m’avait pourtant prévenu de passer par Cuers en voiture. Bien sûr, j’ai préféré suivre aveuglément mon GPS. Résultat : paumé en pleine nature, entouré de chasseurs et d’énormes cailloux qui ont servi — malgré moi — de crash-test à ma nouvelle voiture.
Totalement perdu, j’ai fini par entendre une voix au loin. Soulagement : c’était Thomas. Après quelques manœuvres très réfléchies, j’ai réussi à sortir de ce guet-apens rocheux.
On a repéré le lieu, commencé l’installation — et au moment où on était fin prêts, le téléphone de Thomas sonne : dégât des eaux dans son appart. D’un calme impressionnant, il a accueilli ça comme si c’était juste un détail de plus à gérer dans la journée. Finalement, on a réussi à improviser trois vidéos — dont celle que vous pouvez voir aujourd’hui.
Il est récemment redescendu à Toulon pour une résidence au Centre Culturel Tisot à La Seyne-sur-Mer, avec le projet Belmondo Sextet — aux côtés de Lionel et Stéphane Belmondo, Eric Legnini, Joseph Dumoulin et Dré Pallemaerts. J’ai sauté sur l’occasion pour lui proposer une session « Messe Basse ». Malgré un planning chargé, il a accepté.
Pour le lieu, le choix s’est imposé : La Tarrine, un espace sauvage près de Cuers, où vit toujours Miquela. Une manière de revenir aux sources. La boucle est bouclée.
Ce que j’admire chez Thomas, c’est cette vision optimiste et généreuse de la musique : non seulement comme art, mais comme acte profondément humain — un moyen de se connecter, de partager, de comprendre.
Un jour, Thomas m’a fait l’honneur d’improviser sur l’une de mes compositions. En l’écoutant, j’ai compris ce qui distingue un grand artiste : cette capacité à révéler, sublimer, raconter — même au cœur de l’imprévu.